• mrsnorthlit

Un si long après-midi de Inga Vesper





Un si long après-midi

Inga Vesper

Editions La Martinière

Mars 2022

389 pages



Entre roman social et thriller, un portrait de l'American Way of life des années 50.


4e de couverture


“ Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore.».

Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre. Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté....".



Ce que j’en pense


J’ai eu la possibilité de découvrir ce roman grâce à la plateforme NetGalley que je remercie de nous proposer tant de bons romans.


J’ai adoré “Un si long après-midi”, tout de suite, dès les premières lignes. Cela a immédiatement fonctionné entre nous. Dans une ambiance entre “Desperate housewives", “La couleurs des sentiments”, et un tableau de Edward Hopper, j’ai été plongée dans les Etats-Unis des années 50.

Eté 1959, en Californie, dans un quartier huppé de la banlieue de Los Angeles, Sunnylakes, deux mondes vivent en parallèle, celui des familles blanches et celui des afro-américains. Que dis-je, ne serait-il pas plus juste de dire qu’un monde vit sous le joug de l’autre monde. Dans le “camp” des Blancs, Joyce parfaite maîtresse de maison mène la vie stéréotypée des femmes de son milieu : belle maison avec piscine, deux jolies petites filles, jolies toilettes, ne manquant de rien, préposée à la tenue du standing de son intérieur et au bien-être de son époux. Illustration couleur pastel de l'American Way of life des fifties.

Dans le "camp" des Noirs, la jeune Ruby est la bonne de la famille. Une jeune femme intelligente, rêvant d’étudier à l’université et portant un regard acéré sur la société dans laquelle elle vit.

Autour de ces deux figures féminines, un aréopage de personnages tous représentatifs de la société américaine de l’époque.

Un après-midi, alors que Ruby arrive chez les Haney pour faire son travail, elles trouvent les deux fillettes seules, une flaque de sang sur le sol immaculé de la cuisine, Joyce a disparu. La police prévenue, une personne semble être désignée coupable d’office : la bonne noire qui se trouvait sur place, c’est-à-dire Ruby. Un inspecteur nouvellement muté, Mick Blanke, va prendre les rênes de l’enquête avec une personnalité atypique. En marge des comportements propres à son époque, il pose sur le monde un regard plein de tolérance et ose l’empathie avec ceux que d’autres ne voient même pas.

Inga Vesper a fait le choix de nous narrer ce drame à trois voix. Il y a celle de Ruby qui nous raconte son Amérique à elle, afro-américaine des quartiers pauvres et puis celle de Mick l’inspecteur, élément masculin du roman. Enfin, il y a la voix de Joyce, femme blessée mais déterminée, qui dévoile les dessous d’une vie de femme potiche aspirant à la liberté et à une vie d’artiste. C’est de cette voix qu’elle finira par nous dévoiler elle-même la vérité sur sa disparition.

C’est une peinture très réaliste que nous livre là l’auteure. D’une plume fluide et juste, elle y dénonce le racisme primaire, la position des femmes dans la société de cette époque, l’ennui entre les murs de ces maisons sans âme parce que trop bien rangées, l’hypocrisie d’une société trop bien pensante, trop polie pour être honnête. Derrière les fenêtres aux rideaux vichy de Sunnylakes, stéréotype des quartiers résidentiels de la classe moyenne américaine se cachent bien des secrets inavouables.


Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier qui vit à Glasgow.

Elle a déménagé d'Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l'envie d'écrire et d'explorer ne l'amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d'une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.

Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n'y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d'un bus.

"Un long, si long après-midi" ("The Long, Long Afternoon", 2021) est son premier roman.




6 vues0 commentaire