• mrsnorthlit

Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy

Dernière mise à jour : 12 janv.



Une lecture en demi-teinte : un beau sujet terni selon moi par le parti-pris de l’auteure. Pour autant, un livre qui ne laisse pas indifférent, qui montre comment notre humanité se blottit du côté du cœur et qu'il est bien compliqué parfois de l'écouter.



Le goût de cannelle et d’espoir

Sarah McCoy

Éditions Pocket 2015 - Les Escales 2012

511 pages (poche)


Traduit de l’anglais par Anath Riveline


4e de couverture


Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l'armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d'insouciance. Jusqu'à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps... Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d'une pâtisserie allemande, celle d'Elsie... Et le reportage qu'elle prépare n'est rien en comparaison de la leçon de vie qu'elle s'apprête à recevoir.


Ce que j’en pense


L’intrigue du roman commence lorsque Tobias, le petit garçon juif vient frapper à la porte de la boulangerie des Schmitt. A partir de là, on comprend que la suite du livre aura pour sujet central le dilemme, le choix qui s’impose parfois sans possibilité d’y échapper.


Elsie la jeune Allemande qui vit dans l’Allemagne nazie de 1944 doit-elle sauver un enfant avec les conséquences que cela peut avoir pour elle et pour sa famille ? Ou doit-elle laisser parler son cœur et sa compassion ?

Voici donc une facette de ce roman, la meilleure selon moi.


L’autre facette repose sur un autre personnage, une autre époque, un autre lieu : Reba, en 2007 aux Etats-Unis dans l'État du Texas.

Vous l’aurez compris, le récit va alterner entre deux époques. Reba, journaliste, va sans le vouloir déterrer le passé d’Elsie. Et personnellement, c’est là que le bât blesse.

Très attentive et tenue en haleine par l’histoire d’Elsie, la survenue de Reba et sa propre histoire m’a gênée. Je crois que j’aurais préféré qu’elle reste un personnage secondaire portant le récit d’Elsie.

Si on comprend son mal-être, ces atermoiements et autres tergiversations à propos de sa relation avec son fiancé sont trop présents à mon goût et si banals en comparaison de l’histoire d’Elsie. Mais bien sûr cela n’engage que moi.


Si j’ai vraiment focalisé sur le récit d’Elsie, c’est qu’il a le mérite de nous présenter l’Allemagne de 1944 vue par des personnes lambdas. Au-delà des nazis fanatiques et barbares, nombre sont ceux qui n’ont rien demandé et se sont fait manipuler par la doctrine nazie.

Au travers des personnages qui entourent Elsie dans ces jeunes années, on voit le doute s’installer devant les excès du 3e Reich.

Au travers du personnage d’Hazel la sœur ainée d’Elsie, on a une évocation des Lebensborn, triste exemple de la folie humaine, de l’eugénisme nazi.


A noter, pour le plaisir cette fois, de jolies descriptions des pâtisseries traditionnelles allemandes qui, en période de Noël, nous mettent l’eau à la bouche.


Sarah McCoy nous dépeint des êtres vrais, dans ce qu'ils ont de bon et de moins bon, déchirés par le contexte historique. L'auteure nous propose des portraits de personnages justes, très loin d'une banale caricature des gentils et des méchants, pas de manichéisme facile. Un roman qui amène à réfléchir sur la subtilité d'un monde loin d'être binaire et à ouvrir nos cœurs et nos esprits.


Pour conclure ce post, j’ai envie de vous partager quelque chose qui m’a traversé l’esprit lors de cette lecture. Une chanson…


Celle de Jean-Jacques Goldman (Fredericks Goldman Jones) “Né en 17 à Leidenstadt”, dont j’insère ici le texte :


Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt

Sur les ruines d'un champ de bataille

Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens

Si j'avais été allemand ?

Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance

Nourri de rêves, de revanche

Aurais-je été de ces improbables consciences?

Larmes au milieu d'un torrent

Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast

Soldat d'une foi, d'une caste

Aurais-je eu la force envers et contre les miens

De trahir, tendre une main ?

Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg

Entre le pouvoir et la peur

Aurais-je entendu ces cris portés par le vent ?

Rien ne sera comme avant

On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres

Caché derrière nos apparences

L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau ?

Ou le pire ou le plus beau ?

Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau

S'il fallait plus que des mots ?

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt

Sur les ruines d'un champ de bataille

Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens

Si j'avais été allemand ?

Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps

D'avoir à choisir un camp

Paroliers : Jean-Jacques Goldman / Michael Bernard Jones
Paroles de Né en 17 à Leidenstadt © Jrg Musicales

Fille de militaire, Sarah McCoy déménage toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d'écriture à l'université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans. Un goût de cannelle et d'espoir (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru Un parfum d'encre et de liberté chez Michel Lafon. Tous deux sont repris chez Pocket. (Source : Babelio et Fnac)


 

Un peu d'histoire : Les lebensborns


Le Lebensborn e. V. (Lebensborn eingetragener Verein, en français "Association enregistrée Lebensborn") était une association de l'Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l'État et gérée par la SS, dont le but était d'accélérer la création et le développement d'une race aryenne parfaitement pure et dominante.


Le programme de création des Lebensborns voit le jour le 12 décembre 1935 dans le cadre de la politique d'eugénisme et de promotion des naissances, à l’initiative de Heinrich Himmler. Il s'agissait à l'origine de foyers et de crèches, les pères, en grande majorité des SS, étaient invités à concevoir au moins quatre enfants avec leur épouse légitime.


Selon le journaliste Boris THIOLAY, auteur d'un ouvrage sur le sujet, il semble que ces lieux accueillirent des rencontres plus ou moins furtives où des femmes considérées comme "aryennes" pouvaient concevoir des enfants avec des SS inconnus, puis accoucher anonymement dans le plus grand secret et remettre leur nouveau-né à la SS en vue de constituer l'élite du futur « E


On sait aussi que durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers d'enfants, dont les caractéristiques physiques correspondaient au « type aryen », furent arrachés à leurs parents dans les pays conquis pour être placés dans ces centres.

Plusieurs de ces centres sont implantés dans différents pays occupés dont un centre en France, de février à août 1944 à Lamorlaye dans l’Oise.

Témoignages de ces enfants :




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