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Le cœur des fileuses d'Aurélie Haderlé




1910 : le combat d’une femme et de ses compagnes pour leurs droits dans une société cévenole patriarcale à l’excès.



Le cœur des fileuses

Aurélie Haderlé

Les Presses de la cité - Collection Terres de France

Octobre 2021

448 pages



4e de couverture


1910, au cœur des Cévennes. Eulalie devient, après le décès de son père, l’unique héritière d’une prospère filature de soie. Désormais patronne, elle découvre que son usine est un véritable bagne féminin. Révoltée par les conditions de travail de ses ouvrières, elle décide, malgré de nombreux détracteurs, de bouleverser l’ordre social.

Bientôt la guerre éclate et le pays se vide de ses hommes. Eulalie réalise alors son vœu le plus cher : transformer son entreprise en communauté de femmes fondée sur l’entraide et la solidarité. Des amitiés se nouent, des amours se tissent. Mais Eulalie saura-t-elle s’affranchir d’un mariage malheureux et affronter les fantômes du passé ?

Portrait d’une femme rebelle au grand cœur dans le cadre somptueux des Cévennes.



Ce que j’en pense


Un matin, une petite fille de 10 ans et sa sœur aînée sont envoyées en pension à la ville, sans explication et sur décision de leur père. Leur mère, femme douce et soumise n’a pas son mot à dire, elle ne reverra jamais ses filles.


Les deux jeunes filles sont les enfants d’un couple de la petite bourgeoisie locale et industrielle. Leur père est le propriétaire de la fabrique de soie du village : autoritaire et incapable de montrer ses sentiments.


Plusieurs années plus tard, à la mort du patriarche, Eulalie devient l’héritière de la filature avec une clause bien spécifique : être mariée dans l’année. Mais Eulalie est bien décidée à ne pas reproduire le destin de sa mère et à prendre son destin en mains. Elle reprendra elle-même l’usine.

Mais on est en 1910. La société patriarcale cévenole ne va pas l’aider et cherchera plutôt à briser ses velléités d’indépendance.


J’ai aimé le parti pris de l’auteure de commencer le roman sur un mystère, des questionnements qui obtiendront réponse au fil des pages.

Pourquoi le patriarche exile-t-il ses filles à la ville ? Quel objectif, quelle pensée secrète la mère de famille avait-elle en glissant une lettre dans les bagages de sa fille cadette. Pourquoi l'aînée des deux sœurs semble-t-elle avoir été bannie ?


Nous allons suivre Eulalie dans ses combats pour apprendre les métiers de la filature et gagner en autorité, pour braver les mauvaises langues du village, pour faire entendre les droits des femmes et des ouvrières. Nous allons assister à son initiation politique aux principes du socialisme.


Le cœur des fileuses est un roman historique qui dépeint la vie d’une région française, les Cévennes, l’industrialisation, la condition ouvrière et la condition féminine.

La 1er guerre mondiale qui, on le sait, a mis les femmes dans l’obligation de gérer le quotidien, n’est ici que secondaire. Ce n’est pas le sujet du roman.

Ceci étant, le roman illustre un un fait bien réel : les hommes au front, les femmes se sont montrées courageuses et ont indubitablement pris les choses en main au quotidien. Pourtant, la guerre terminée, elles ont dû reprendre leur place dans l’ombre des hommes. Ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que les choses évolueront véritablement pour elles, rappelons-le.


Eulalie est un personnage attachant par ses valeurs qu’elle s’est forgées elle-même : humilité, simplicité, tolérance, amour de l’autre. C’est aussi une femme de convictions dans un monde où les femmes ne sont pas censées penser.


Avec une plume très agréable, Aurélie Haderlé nous livre un roman qui est aussi le prétexte à nous acculturer au monde de la filature de la soie. Les processus de culture et de filature sont expliqués avec précision. Pour autant, l’auteure a su intégrer ces explications sans qu’elles soient jamais ennuyeuses.



N.B. : Je remercie Les éditions Presse de la cité, collection Terres de France et le site Netgalley France de m'avoir permis de découvrir ce roman.


Née à Nîmes, Aurélie Haderlé a suivi des études de lettres classiques et d'ethnologie. Après avoir soutenu un doctorat en études grecques et latines, elle est devenue enseignante de lettres modernes. Elle vit en Provence où elle partage son temps entre l'écriture et l'enseignement. Elle a déjà signé deux romans : En 2021 : La dernière veille des dieux (Filles de Gyptis éditions). En 2019 : L'un pour l'autre : continuer à l'aimer... toujours (City).




 

LA SOIE CEVENOLE


La production, considérable à partir du XVIIIe siècle, était écoulée à la fois localement (on pouvait par exemple acheter de la soie à la foire du Vigan), mais également dans toute la France ainsi qu’à l’étranger. Ainsi, les bas de soie, fabriqués notamment au Vigan ou à Aulas, étaient exportés dans divers pays d’Europe et jusque dans les Indes Occidentales.

Cette industrie fut d’abord essentiellement familiale et se faisait à domicile, de façon artisanale. Jusqu’au début du XIXe siècle, il y avait encore beaucoup de petits ateliers à côté d’établissements plus importants. Après 1840, cependant, le chauffage des bassines à la vapeur et l’application des moteurs mécaniques firent surgir la véritable industrie de la filature. Les femmes et les jeunes filles, constituant une main-d’œuvre bon marché, rapportent des filatures un complément de revenus appréciable pour leur famille.

L’industrie de la soie est alors à son apogée, mais ne va pas tarder à connaître un déclin dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec l’apparition de maladies tuant les vers à soie et ravageant les magnaneries, puis avec la concurrence des soies exotiques (asiatiques, surtout).

C’est à cette époque que se développe l’industrie de la schappe (textile obtenu avec les déchets de soie) qui reste encore importante au début du XXe siècle, mais elle sera frappée dans l’entre-deux-guerres par la concurrence des industries étrangères et l’apparition de la soie artificielle. Cette industrie disparaît à son tour au milieu du XXe siècle.

(Source : Le chemin de St Guilhem)



Petite visite au musée de la soie à St Hippolyte du Fort.


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