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La femme du deuxième étage de Jurica Pavičić




La femme du deuxième étage

Jurica Pavičić

Editions Agullo

222 pages

2022



En Croatie, derrière les murs de sa prison, Bruna 38 ans, revisite sa vie. Chaque jour, dans la cuisine carcérale où elle travaille depuis 11 ans, elle dénoue et renoue les fils de son histoire avec des Si.

Si ce soir-là elle n’était pas sortie avec Suzana, si elle n’avait pas rencontré Frane, et si et si …


Tout est partie d’événements des plus banals : elle est sortie passer la soirée chez des amies avec Suzana, elle y a rencontré Frane, un marin, dont elle est tombée amoureuse, ils se sont mariés. Ils se sont installés à l’étage d’une maison dont le rez-de-chaussée est occupé par Anka, sa belle-mère.

Elle aurait pu être heureuse si les choses s’étaient passées autrement. Et si et si …

Sa belle-mère se montre un être tyrannique qui la brime et l’humilie sans que son mari n’y trouve à redire. Lorsqu’Anka devient dépendante suite à un AVC, c’est à elle qu’on la confie, c’est là que les rôles s’inversent en quelque sorte. Mais le jour fatidique arrive où Bruna décide de commettre l’irréparable.


Ce roman n’est ni un thriller ni un polar, le meurtre de la belle-mère n’est pas le propos de l’auteur. Il est question de dresser le portrait d’une femme banale amenée au meurtre. Une femme qui se livre peu finalement. On sait qu’elle aurait désiré maîtriser sa vie et qu’elle aime par conséquent une forme de routine, celle qu’étrangement elle trouvera en milieu carcéral.

La solitude de Bruna prend presque corps au gré des pages qui défilent, pesante. Chacun à sa façon ignorant le malheur de la jeune femme. La maison qu’elle partage avec son mari et Anka décrite comme un bloc de béton n’est-elle pas finalement une prison avant l’heure ?


Mais au-delà du personnage principal, c’est un portrait collectif que dresse Jurica Pavičić, une analyse des liens familiaux toxiques.

Ce roman c’est l’autopsie minutieuse des événements qui mènent au geste fatal. C’est un roman noir et sans joie.

L’auteur se plaît à décrire tous les gestes du quotidien de Bruna. Trop peut-être ? Pour moi, sans doute mais je dois dire que pour autant cela donne au roman un style très particulier et une ambiance très pesante.

Ai-je su apprécier ce roman ? Je ne sais pas vraiment. Il me laisse une impression mitigée entre admiration pour le talent de l’auteur dans le traitement de son sujet et malaise généré par cette ambiance oppressante.


Né en 1965 à Split en Croatie, Jurica Pavičić est un écrivain, chroniqueur et critique de cinéma croate.


Ses romans et recueils de nouvelles ont été traduits en anglais, allemand, italien et bulgare.

Sorti chez Agullo en 2021, son roman L'Eau rouge a obtenu le Prix Le Point du polar européen 2021 à Quai du Polar.








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