• mrsnorthlit

Ces ombres sur le fleuve de Nathalie de Broc

Dernière mise à jour : 20 nov. 2021





Un beau personnage de femme mise à mal par la grande Histoire de France et cette période si trouble de la révolution française.

Une très belle évocation de la ville de Nantes au XVIIIe siècle.



"Ces ombres sur le fleuve"

Nathalie de Broc

Éditions Terres de France

2014 Presse de la Cité et 2021 pour cette édition

293 pages


4e de couverture


1793. Lucile court. Sur les pavés de Nantes. Elle court pour oublier ce qu'elle vient de voir. L'innommable. Comment effacer le souvenir des siens jetés nus dans la Loire en cette année de Terreur ? Lucile sait qu'Alexis Chevalier de Préville, qui a présidé au destin tragique du comte et de la comtesse de Neyrac, de Théo, son petit frère, demeurera à jamais dans sa mémoire. Un seul but désormais pour la jeune orpheline : assouvir sa vengeance. Elle en oublie qu'elle n'a que le pavé pour dormir, rôde près du port ou du théâtre Graslin. Là, sous les ors de ce sublime édifice, son destin va basculer à nouveau...

Au roman de l'Histoire s'entrelacent celui d'une vengeance et le portrait d'une héroïne fascinante.


Ce que j’en pense


J’ai aimé ce personnage d’enfant, rescapée de la Terreur, qui se transforme en jeune femme ayant pour seul tuteur la haine qu’elle porte aux bourreaux de ses parents. Une image en particulier ne la quitte pas, un homme de dos liant les mains de sa mère avant qu’elle ne périsse dans la “baignoire nationale”.

Son besoin presque vital de vengeance, cette loyauté à sa famille, vont lui permettre de survivre dans les rues de Nantes pendant quatre années, sans protection, sans amour, sa haine pour seule couverture dans les caves froides qui accueillent les enfants perdus.


Un jour, le lierre s'emparerait du "château", en étoufferait les ruines. Ce n'était qu'une question de temps.

Comment une si jeune femme peut-elle se relever d’un tel drame ? Comment peut-elle se construire et garder un peu d’amour au fond du cœur. D’autres comme Awa, la jeune esclave qui n’a connu que la violence s’y perdront.


Pour bien connaître la ville de Nantes, j’ai aimé les évocations d’une ville de la côte atlantique à la fin du 18e siècle, sans omettre sa triste participation à la traite négrière, peut-être moins connue que ses voisines de l’ouest, La Rochelle et Bordeaux.


Nathalie de Broc manie superbement la langue française, ponctuant son récit de mots aujourd’hui inusités et d’expressions désormais perdues. On notera aussi la richesse des éléments de description des modes de vie de l’époque, reflet d’un travail de documentation solide.


C'est que la vengeance est douce à tous les cœurs offensés, il leur en faut une, il n'y a que cela qui les soulage, les uns l'aiment cruelle et les autres généreuse ...

Si je devais “pinailler” un peu, je dirais que parfois, au fil des pages, il m’a manqué un peu plus de dialogue en lieu et place d’une description.

Par ailleurs, j’ai quelque peu été interloquée par la fin du roman, laissée sur ma faim, avant de comprendre que l’on pouvait retrouver Lucile dans un autre tome.


Cette suite des aventures de Lucille, je suis prête à la lire avec beaucoup de plaisir. Il ne me reste plus qu’à me procurer le livre.



 

Je vous recommande cette belle interview de l'auteure dans l'émission La cabine de pages sur France 3 en juillet dernier.




Nathalie de Broc a beaucoup voyagé entre États-Unis et Angleterre. Elle a vécu quelques années aux Antilles, à terre et également sur un voilier, avant de poser ses bagages en Bretagne, à Quimper où elle réside..

Elle a été reporter à France Inter avant de devenir journaliste indépendante pour France 3 Ouest. Avant de signer son premier roman aux Presses de la Cité, elle a été traductrice chez Plon et a publié des guides touristiques aux Éditions Gallimard.


Depuis son premier roman, "Le Patriarche du Bélon" (2004), elle a publié "La Dame des forges" (2005), "La Tresse de Jeanne" (Presses de la Cité, 2007) et une trilogie sur une saga familiale: "Loin de la Rivière" (2008), "La rivière retrouvée" (2008) et "L'adieu à la rivière" (2011). "La Tête en arrière" (2009) a reçu le Prix des Ecrivains bretons



 

Un peu d'histoire

Les noyades à Nantes sont un épisode de la Terreur qui a eu lieu entre novembre 1793 et février 1794 à Nantes. Pendant cette brève période, des milliers de personnes, suspectes aux yeux de la République (prisonniers politiques, de guerre, de droit commun, gens d'Église…), ont été noyées dans la Loire sur ordre de Jean-Baptiste Carrier. Hommes, vieillards, femmes et enfants meurent ainsi dans ce que Carrier appelle la « baignoire nationale ».

Source : Wikipédia

Plaque commémorative, située sur le quai de la Fosse à Nantes

Jean-Baptiste Carrier arrive à Nantes le 4 octobre 1793. Il a un objectif clair : détruire la Vendée et « purger le corps politique de toutes les mauvaises humeurs qui y circulent ». Des instructions qu'il a reçues du Comité révolutionnaire. Pour mener à bien sa mission, il est investi de pouvoirs illimités. Nantes, qui a accueilli avec enthousiasme la Révolution française, penche, à l'image de la Bretagne, vers le fédéralisme des Girondins. Une attitude à laquelle les Montagnards, maîtres de la Convention, vont répondre par l'instauration de la Terreur, dès le 5 septembre 1793. A son arrivée, Carrier s'installe dans l'hôtel de La Villetreux, à la Petite-Hollande, demeure réquisitionnée pour lui servir de résidence. Pour arriver à ses fins, Carrier préconise une solution radicale. Elle passe par la destruction et le massacre. « Il est venu à Nantes pour tuer, tuer beaucoup ».


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